There are things we only discover about ourselves when life leaves us no choice but to learn them.
How much pain our bodies can endure.
How many times our hearts can break without losing their ability to love.
How empty a room can feel, even when everyone keeps telling us we are surrounded by people.
How strange it is to look into a mirror, recognize your own face, yet no longer truly recognize the person looking back at you.
And that sometimes, courage has absolutely nothing to do with fighting.
Sometimes, courage is simply choosing to stay.
But back then, long before any of this, I knew none of those things.
There was a time when hospitals had not yet become familiar places.
Before my scars carried dates and memories.
Before words like survivor became attached to my name.
There was a time when my body was simply my body.
When love still seemed like something that, once found, would stay.
When adulthood felt like a distant country I would eventually reach one day, carrying all the answers neatly packed inside a suitcase.
I had no idea.
I didn’t know that one day I would have to grieve certain versions of myself while I was still alive.
I didn’t know that people could love us deeply and still disappoint us.
That some goodbyes would come without ever giving us real closure.
That the person holding our hand through one ordeal would not necessarily be there for the next.
I didn’t know that I would eventually become intimately familiar with the art of starting over.
Starting over after illness.
Starting over after love.
Starting over after losing everything I thought I knew.
Starting over when I didn’t even want a new beginning.
Life sometimes has a cruel sense of humor.
It burns the map, then asks us which direction we plan to take.
For a long time, I thought my story would be about everything I had lost.
My health.
Pieces of my body.
Relationships.
My certainties.
My sense of safety.
People.
Versions of myself I desperately wanted back.
But loss is a strange sculptor.
It takes away, again and again, until we become convinced that eventually, there will be nothing left.
And sometimes, there really is almost nothing left.
That is when depression settles into the spaces that have been emptied.
At first, it doesn’t necessarily make any noise.
It slips into your thoughts, into nights that last too long, into mornings when simply opening your eyes already feels like an effort.
Then it takes up more space.
Slowly.
Methodically.
Until it becomes familiar.
Until the darkness is no longer merely something you are passing through, but the very place you live.
And when you live in the dark for too long, eventually you forget what the light looked like.
I forgot.
I forgot what it felt like to want tomorrow.
I forgot the girl who could laugh without having to think about it.
The girl who made plans as though the future naturally belonged to her.
The girl who didn’t need to search for a reason to stay because, once upon a time, living had simply been something she did.
In her place, there was this exhaustion.
Not the kind a good night’s sleep can fix.
Something deeper.
The exhaustion of constantly having to convince yourself to keep going.
Finding one reason.
Then another.
And another.
Until one day, searching became more exhausting than the thought of giving up.
Maybe that is what people misunderstand when they look at depression from the outside.
It isn’t always about wanting to die.
Sometimes, you simply want everything to stop.
The noise.
The pain.
The thoughts.
The obligation to wake up every morning and begin carrying a life that has become far too heavy all over again.
And there comes a point when disappearing can seem terribly easier than continuing to search for a reason to live.
I have been to that place.
The place where the darkness takes up so much space that it begins to speak for you.
The place where you can no longer tell the difference between what you truly think and what the illness is whispering to you.
The place where you begin to look at your own existence as something you could quietly step away from.
So maybe loss had won after all.
Maybe it had sculpted enough.
Torn away enough.
Erased enough.
Maybe there truly was nothing left of the person I used to be.
Or almost nothing.
Because somewhere, buried so deeply that I couldn’t even tell you where, something still existed.
Not a flame.
That would be too beautiful.
Not hope, either.
I didn’t have enough of it to call it that.
It was much smaller.
Ridiculously small.
A fragment.
An atom, perhaps.
One tiny piece of who I had been before, somewhere the darkness had not yet managed to reach.
It didn’t promise me that everything would get better.
It didn’t tell me that life was beautiful.
It didn’t know what came next in this story.
Neither did I.
It only whispered something I could barely hear.
What if we tried a little longer?
I didn’t know if I wanted to.
I didn’t even know if I was capable of it.
But for now, that atom was still there.
And this is where the story begins.
Archives de la catégorie : Prologue
Un atome
Il y a des choses que l’on ne découvre sur soi que lorsque la vie ne nous laisse plus d’autre choix que de les apprendre.
Jusqu’où notre corps peut supporter la douleur.
Combien de fois notre cœur peut se briser sans perdre sa capacité à aimer.
À quel point une pièce peut sembler vide, même lorsque les autres nous répètent que nous sommes entourés.
À quel point il est étrange de regarder dans un miroir, de reconnaître son visage, mais plus vraiment la personne qui nous regarde.
Et que, parfois, le courage n’a absolument rien à voir avec le fait de se battre.
Parfois, le courage, c’est simplement décider de rester.
Mais à cette époque, celle bien avant tout cela, je ne savais encore rien de tout cela.
Il fut un temps où les hôpitaux n’étaient pas encore devenus des lieux familiers. Avant que mes cicatrices portent des dates et des souvenirs. Avant que des mots comme survivante ne viennent s’attacher à mon nom.
Il fut un temps où mon corps était simplement mon corps.
Où l’amour ressemblait encore à quelque chose qui, une fois trouvé, resterait.
Où l’âge adulte me semblait être un pays lointain que je finirais par atteindre un jour, avec toutes les réponses soigneusement rangées dans une valise.
Je n’en avais aucune idée.
Je ne savais pas qu’un jour, je devrais faire le deuil de certaines versions de moi-même alors que j’étais encore en vie.
Je ne savais pas que des gens pouvaient nous aimer profondément et malgré tout nous décevoir.
Que certains adieux arriveraient sans jamais nous offrir de véritable conclusion.
Que la personne qui nous tient la main pendant une épreuve ne sera pas forcément là pour la suivante.
Je ne savais pas que je finirais par connaître intimement l’art de recommencer.
Recommencer après la maladie.
Recommencer après l’amour.
Recommencer après avoir perdu toutes ses certitudes.
Recommencer alors que je ne voulais même pas d’un nouveau départ.
La vie possède parfois un cruel sens de l’humour.
Elle brûle la carte, puis nous demande quelle direction nous comptons prendre.
Pendant longtemps, j’ai cru que mon histoire parlerait de tout ce que j’avais perdu.
Ma santé.
Des morceaux de mon corps.
Des relations.
Mes certitudes.
Ma sécurité.
Des personnes.
Des versions de moi-même que je voulais désespérément retrouver.
Mais la perte est une étrange sculptrice.
Elle enlève, encore et encore, jusqu’à ce que l’on soit persuadé qu’il ne restera plus rien.
Et parfois, il ne reste effectivement presque rien.
La dépression s’installe alors dans les espaces laissés vides.
Au début, elle ne fait pas forcément de bruit. Elle se glisse dans les pensées, dans les nuits trop longues, dans les matins où ouvrir les yeux ressemble déjà à un effort. Puis elle prend de la place. Lentement. Méthodiquement.
Jusqu’à devenir familière.
Jusqu’à ce que les ténèbres ne soient plus seulement quelque chose que l’on traverse, mais l’endroit même où l’on habite.
Et lorsque l’on vit trop longtemps dans le noir, on finit par oublier à quoi ressemblait la lumière.
Je l’ai oubliée.
J’ai oublié ce que cela faisait d’avoir envie de demain.
J’ai oublié la fille qui pouvait rire sans avoir à y penser. Celle qui faisait des projets comme si l’avenir lui appartenait naturellement. Celle qui n’avait pas besoin de chercher une raison de rester parce que vivre, autrefois, allait simplement de soi.
À sa place, il y avait cette fatigue.
Pas celle qu’une bonne nuit de sommeil peut réparer.
Une fatigue plus profonde.
Celle de devoir constamment se convaincre de continuer.
Chercher une raison.
Puis une autre.
Et encore une autre.
Jusqu’au jour où chercher est devenu plus épuisant que l’idée d’abandonner.
C’est peut-être cela que l’on comprend mal lorsque l’on regarde la dépression depuis l’extérieur.
Il ne s’agit pas toujours de vouloir mourir.
Parfois, on veut simplement que tout s’arrête.
Le bruit.
La douleur.
Les pensées.
L’obligation de se réveiller chaque matin et de recommencer à porter une vie devenue beaucoup trop lourde.
Et il arrive un moment où disparaître peut sembler terriblement plus simple que de continuer à chercher une raison de vivre.
J’ai connu cet endroit.
Celui où les ténèbres prennent tellement de place qu’elles commencent à parler à notre place.
Celui où l’on ne distingue plus ce que l’on pense de ce que la maladie nous murmure.
Celui où l’on regarde sa propre existence comme quelque chose dont on pourrait doucement s’absenter.
Alors peut-être que la perte avait finalement gagné.
Peut-être qu’elle avait suffisamment sculpté, arraché, effacé.
Peut-être qu’il ne restait véritablement plus rien de celle que j’avais été.
Ou presque.
Parce que quelque part, enfoui si profondément que je ne saurais même pas vous dire où, quelque chose existait encore.
Pas une flamme.
Ce serait trop beau.
Pas de l’espoir non plus.
Je n’en avais pas assez pour appeler cela ainsi.
C’était beaucoup plus petit.
Ridiculement petit.
Un fragment.
Un atome, peut-être.
Un tout petit morceau de moi d’avant que les ténèbres n’avaient pas encore réussi à atteindre.
Il ne me promettait pas que tout irait mieux.
Il ne me disait pas que la vie était belle.
Il ne connaissait pas la suite de cette histoire.
Moi non plus.
Il murmurait seulement quelque chose que j’entendais à peine.
Et si on essayait encore un peu ?
Je ne savais pas si j’en avais envie.
Je ne savais même pas si j’en étais capable.
Mais pour l’instant, cet atome était encore là.
Et c’est ici que commence cette histoire.